|
Il lisait la pièce d'une amie chez lui, à Paris, lorsqu'il s'est senti épuisé, s'est allongé et s'est éteint. Mort de théâtre. Alors qu'il venait d'assurer les représentations d'Amédée ou comment s'en débarrasser d'Eugène Ionesco, Roger Planchon a quitté la scène d'un coup, à l'âge de 77 ans, la tête pleine de projets.
Né en Ardèche en 1931, terre âpre qu'il évoquait avec passion, il vint au théâtre par l'influence d'une éduction jésuite et gagna un concours d'amateurs, à l'âge de 19 ans. Autodidacte, avide d'entrer dans la furie de rénovation théâtrale d'après-guerre incarnée par Jean Vilar, qui assigne au théâtre une mission éducatrice et politique. En 1952, il fonde le Théâtre de la Comédie de Lyon puis il prend la direction du Théâtre de la Cité ouvrière de Villeurbanne, dans la banlieue lyonnaise, qui devient en 1957 le Théâtre de la Cité tout court, avant d'être érigé en 1972 Théâtre national populaire, le fameux TNP dont il conservera la direction jusqu'en 2002.
Le TNP est un des principaux foyers de la décentralisation des scènes françaises jusqu'alors concentrées à Paris, et de la modernisation théâtrale qui souffle sur les années soixante et septante en Europe. Planchon y fait vivre un théâtre "engagé", de service public, populaire et de qualité, soucieux à la fois de sens et de plaisir. Metteur en scène mais aussi acteur, il alterne les classiques et les modernes. Molière et Shakespeare, mais aussi Brecht, qu'il a rencontré à deux reprises, Ionesco, Adamov, Pinter, puis la nouvelle génération des auteurs marquant le paysage théâtral des années 80: Edward Bond, Thomas Bernhard, Michel Vinaver.
Il invite et s'adjoint les meilleurs. Patrice Chéreau et Georges Lavaudant ont été ses assistants. Dans la grande salle "démocratique" du TNP de Villeurbanne, on court de toute la France - et de Suisse! - pour découvrir les spectacles de Giorgio Strehler et de son Piccolo Teatro, de Bob Wilson, de Pina Bausch, qu'il invite parmi les premiers.
"Metteur en scène et cow-boy", selon sa propre expression, Roger Planchon s'intéressait en particulier aux relations du théâtre et de l'histoire, dans les pièces qu'il écrivait comme dans celles qu'il choisissait de mettre en scène - ou de jouer. Ce goût de l'épique, lié à une réflexion sur les relations entre les ressorts collectifs et les destinées individuelles, lui fera choisir des textes comme Les Trois Mousquetaires, qu'il adapte pour la scène. Il inspirera sa carrière de cinéaste, qu'il met au service de Dandin (d'après Molière), puis de Louis, l'enfance d'un roi (1993), sur l'enfance de Louis XIV, son film le plus populaire.
Source : Letemps.ch - Mise à jour le 27 juin 2011 par Philippe de CinéMémorial.
SES RÉCOMPENSES :
1993 - Nomination pour "LOUIS, ENFANT ROI" pour la Palme D'Or - Festival de Cannes, France.
La Palme d'or fut remporté par : La leçon de piano de Jane Campion et Adieu ma concubine de Chen Kaige |