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Vilar Jean (1912-1971). L'homme du destin, dans Les Portes de la nuit, de Carné, c'est Jean Vilar qui, en cette même année 1947, tournera trois autres films. Le nombre de ses apparitions à l'écran ira s'amenuisant : six titres, dont un court métrage sur Avignon, jusqu'en 1951. Puis un grand vide: d'animateur indépendant, donc impécunieux, Vilar était devenu le directeur du Théâtre national populaire. En 1956, son plus glorieux pensionnaire, Gérard Philipe, réalise Till l'Espiègle et offre un râle à son patron. Ensuite, on ne verra plus Vilar devant une camera.
Fils de merciers sétois, Jean Vilar, comme Barrault, passe de l'état de "pion" dans un collège à celui d'élève, puis régisseur, chez Dullin. Il fonde sa propre compagnie, la Roulotte, en 1941. Mais c'est en province qu'il se produit, jusqu'au jour de 1943 où il loue le plus petit théâtre de Paris, le Poche, à Montparnasse. Acteur transmettant sa propre mise en scène, il fait oublier l'exiguïté du cadre et "défonce" littéralement les murs, avec la plus stricte économie de moyens. Jusqu'en 1947, il monte dans l'estime de l'élite des amateurs d'art dramatique ; il est honoré par la critique qu'il a beaucoup impressionnée dans ses interprétations de La Danse de mort, de Strindberg, et Meurtre dans la cathédrale, de T.S. Eliot (230 représentations au Vieux-Colombier).
En 1947, il crée le festival d'Avignon. Cependant à Paris, au cours des saisons hivernales, l'acteur Vilar, au service d'auteurs sévères, apporte une noblesse qui n'est pas de pacotille. Mis en scène par André Barsacq pour le Henri IV de Pirandello (1950) ou par Jouvet dans Le Diable et le Bon Dieu de Sartre (1951, rôle de Henrich), incarnant Œdipe chez Barrault dans l'adaptation de Gide (1950), il est admis parmi les comédiens les plus persuasifs, alliant le feu et le mordant à une remarquable intelligence du texte.
Fin 1951, après cinq étés de communication sans exemple entre spectateurs et acteurs en Avignon, Vilar est nommé, grâce à Jeanne Laurent, directeur du T.N.P., dans l'immense salle de Chaillot. Les onze années suivantes verront l'épanouissement de son style: "J'ai fait pour mon époque le théâtre de mon temps", dit Vilar tout en se référant à la formule de Lope de Vega: " Un tréteau, un interprète, une passion ".
A toute autre appellation, il préfère celle de "régisseur". Il laisse à ses acteurs une totale liberté dans "cette sorte d'odyssée personnelle" qu'est la recherche d'un personnage. De ce fait, lui-même est assez souvent imprévisible sur scène. Georges Lerminier l'a bien noté, à propos de son interprétation de Don Juan: " Un étrange mélange de froideur et de tendresse, une insolence et une pitié gratuite qui caractérisent son attitude à l'égard des hommes, un art savant de la séduction, de la violence et de la grâce ... Vilar peint Don Juan devant nous comme en se jouant lui-même et c'est un rare plaisir que d'en suivre, de scène en scène, la composition."
A une élève, Vilar conseille: "Qu'une ambition soutienne tout au long d'une vie une artiste de la scène, certes. Mais enfin, il faut la choisir, cette ambition ... Elle ne peut être "Je serai la première" (ni) "Je serai la gloire de mon art". Tout cela n'aide qu'à dresser des pantins, briser des caractères, faire du comédien un être très riche, très très connu, mais un homme appauvri, crois-moi, un bonhomme très "employé", très "courtisé", très "admiré", mais vidé, vidé, sans consistance. "Devenir quelqu'un", "c'est le pire des chemins empoisonnés et traîtres."
Source : André Sallée "Les Acteurs Français - Fait le 18 janvier 2011 par Philippe de CinéMémorial.
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