JULES DASSIN

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Profession:
Réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain.

Date et lieu de naissance:
18-12-1911, à Middletown, Connecticut, États-Unis.

Date et lieu du décès:
31-03-2008, à Athènes, Grèce.

Cause du décès:
A succombé lundi à "une grippe" dans une clinique privée d'Athènes où il était soigné pour une fracture de la hanche.

Nom de naissance:
Julius Dassin.

État civil:
Marié en 1932 avec : BÉATRICE LAUNER.

Marié le 18 mai 1966 avec l'actrice : MELINA MERCOURI - Jusqu'au décès de Melina le 06 mars 1994.
Ils eurent deux filles et un fils.

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Commentaires: 1

Anecdotes

Fils d'une famille d'immigrants russes, le jeune Jules Dassin passe son enfance à Harlem entouré de ses sept frères et soeurs.

Son fils Joe Dassin était un chanteur français populaire, (1938 - 1980). Également une fille, l'actrice Julie Dassin.

Durant son exil européen, il rencontra l'actrice grecque Melina Mercouri qu'il mit en scène dans 8 films dont Jamais le dimanche (1960) ou encore Topkapi (1963) et qu'il épousa en 1966.

Jules Dassin, cinéaste américain remarqué par Hollywood grâce à son travail à Broadway, qui dut s'établir en Europe à cause du maccarthysme. Metteur en scène d'une rare énergie, obsédé par la violence, il a réalisé notamment Nazi Agent (1942) et les Démons de la Liberté (Brute Force, 1947), avant de livrer ses meilleurs films : la Cité sans voiles (The Naked City, 1948), entièrement tourné en extérieurs, les Bas-fonds de Frisco (Thieves Highway, 1949) et les Forbans de la nuit (Night and the City, 1950). En Europe, il tourna principalement en Grèce, souvent en compagnie de son épouse Melina Mercouri : Celui qui doit mourir (1956), Jamais le dimanche (1960) et Phaedra (1962). Il retrouva un nouveau souffle aux États-Unis où il revint en 1968 pour six autres films.

Joe et son père jules Dassin en 1971.

photos

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Biographie

Hommage à JULES DASSIN dans un extrait de son film "Du rififi chez les hommes"

Fait le 01 avril 2008

Mise a jour le 11 octobre 2008 par Philippe de CinéMémorial.

 

PROPOS RECUEILLIS PAR OLIVIER DE BRUYN - ENTRETIEN PARU DANS "TÉLÉRAMA" LE 10 JUILLET 1999.

 

Question : Après des études d'art dramatique en Europe dans les années 30, vous travaillez à Hollywood. Victime du maccarthysme, vous retrouvez le vieux continent dans les années 50. Ce mouvement permanent a-t-il influencé votre filmographie ? Non, je ne suis jamais allé en Europe avant-guerre ! Tout ça, c'est de l'affabulation. En fait, le service de presse de la MGM avait l'habitude, dans les années 40, d'inventer les biographies de ses employés pour les rendre plus présentables. Beaucoup de légendes viennent de là... Cela dit, il est évident que mes nombreux voyages m'ont obligé à me renouveler constamment. Tant mieux !

Réponse : Les Forbans de la nuit ou Du rififi chez les hommes sont considérés comme des oeuvres novatrices, ne serait-ce que pour leur réalisme social. Quand vous tourniez ces films, étiez-vous conscient de bouleverser les codes du film de genre ? Non, pas vraiment. Mais à l'époque, j'ai été très influencé par le néoréalisme italien, notamment par Rossellini. On avait l'impression d'une telle liberté en découvrant ses films... En fait, avant même de me poser des questions théoriques, ma première réaction quand j'ai vu Rome ville ouverte a été : " Il faut que j'abandonne le système des studios. "

Question : En débutant à la RKO en 1940, vous avez été l'assistant d'Alfred Hitchcock. Comment travaillait-il ?

Réponse : La légende dit que j'étais assistant... En fait, je n'étais que stagiaire. Caché dans un coin, intimidé. Hitchcock était un technicien hors norme. Avant d'arriver sur le plateau, il avait tout son film en tête, de la première à la dernière image. On ne pouvait être qu'admiratif devant cette maîtrise, mais pour moi l'émotion n'était pas la même qu'avec Rossellini, qui parvenait toujours à filmer la réalité. Vous savez, le regret de ma vie est de ne pas avoir réalisé de documentaires. C'est pour cela que j'ai toujours essayé de glisser des éléments réalistes dans mes films.

Question : Vous êtes très critique vis-à-vis des studios, notamment la MGM...

Réponse : C'était une prison, je m'y sentais très mal à l'aise et j'avais honte de mon travail... A l'époque, on signait des " contrats d'esclave ". Pour une période de sept ans, vous étiez pieds et poings liés au studio. Heureusement, en dehors des tournages, on se retrouvait entre amis avec Gene Kelly, Charles Laughton, Peter Lorre... A la Fox, c'était différent. Zanuck, le grand boss, était vraiment amoureux du cinéma et des réalisateurs. Et, sur un film comme Les Forbans de la nuit, j'avais une liberté quasi totale. Zanuck a tenté de lutter contre le maccarthysme, mais il a été balayé comme tout le monde...

Question : Le maccarthysme a provoqué une véritable déflagration à Hollywood. Vous vous êtes retrouvé très seul...

Réponse : Déflagration, c'est le mot. Bette Davis a été la seule à me défendre. A cette époque, même mes amis se cachaient pour ne pas être photographiés à mes côtés...

Question : Après avoir quitté les Etats-Unis, vous vous installez en France. Mais avant de réaliser Du rififi chez les hommes, en 1954, vous êtes resté longtemps inactif...

Réponse : Aujourd'hui encore, je me demande comment j'ai vécu ces années. Nous étions tout un groupe, dont Jo- seph Losey et John Berry, qui avait été chassé, suite à la liste noire... Nous nous prêtions mutuellement de l'argent. De l'argent que nous n'avions pas... Finalement je ne suis resté que cinq ans sans tourner.

Question : Du rififi chez les hommes a été très bien accueilli à sa sortie. Comment avez-vous vécu cette renaissance ?

Réponse : Le premier jour de tournage, j'avais un trac terrible. Comme un débutant ! Je ne maîtrisais pas le français, et le vocabulaire technique me posait des problèmes. Le budget était ridicule et nous devions nous débrouiller avec les moyens du bord. J'ai interprété un des rôles principaux parce que l'acteur italien initialement prévu nous a abandonnés quelques jours avant le début du tournage... L'accueil a été formidable. J'ai notamment reçu l'hommage des critiques des Cahiers du cinéma. Chabrol et Truffaut, alors tout jeunes, étaient venus m'interviewer. Je n'étais pas si vieux, moi non plus, à l'époque...

Question : Et dans Jamais le dimanche, aux côtés de votre épouse Melina Mercouri, votre interprétation était-elle prévue ?

Réponse : Absolument pas. J'ai joué dans ce film pour des questions de budget, qui était encore plus faible que celui du Rififi. Je déteste être des deux côtés de la caméra, je n'arrive pas à me concentrer. Aujourd'hui encore, je ne peux pas regarder ces films sans baisser les yeux quand j'apparais à l'écran.

Question : Avec Jamais le dimanche, le public a été surpris de vous voir réaliser une comédie, vous le spécialiste des polars.

Réponse : Oui, mais le film a connu un vrai triomphe. Après, j'aurais pu tourner " Jamais le lundi ", " Jamais le mardi ", etc. J'ai préféré suivre mon instinct...

Question : Que pensez-vous de la manière dont la violence est filmée aujourd'hui ?

Réponse : Dans ma filmographie, on ne trouvera jamais un plan où elle n'est pas en rapport avec la psychologie des personnages. On ne peut pas en dire autant des films contemporains. Toute cette gratuité, c'est un peu n'importe quoi.

Question : Êtes-vous curieux de l'actualité du cinéma ?

Réponse : Oui, bien sûr. Malheureusement, à Athènes, où je vis aujourd'hui, on ne peut pas voir tous ces films passionnants venus d'Iran ou de Hongkong. Aux États-Unis aussi, il y a beaucoup de cinéastes intéressants, même s'ils ne parviennent pas toujours à se libérer des contraintes. Par exemple, j'aime beaucoup Quentin Tarantino. C'est un garçon bourré de talent, et un drôle de type. Je l'ai rencontré dans un festival il y a neuf ans et je lui avais alors payé un café parce qu'il était fauché. Il y a peu, on s'est retrouvés à New York, où je présentais une rétrospective consacrée à Kieslowski. Dans la salle, d'un seul coup, j'entends un type hurler : " Eh ! Jules, je te dois un café. " C'était Tarantino. Oui, vraiment un drôle de type...

Propos recueillis par Olivier De Bruyn

BIOGRAPHIE.

Juste après la seconde guerre mondiale, le cinéma est allé faire un tour en ville. Les caméras sont sorties des studios et ont fait le trottoir, comme au temps des opérateurs des frères Lumière. Aux Etats-Unis, Jules Dassin, né en 1911 dans le Connecticut, fut l'un des meneurs de cette tentative d'évasion, qui faisait écho au néoréalisme italien. Trois semaines de suite, les studios parisiens Action proposent de voir en salle trois films témoignant de ce moment, restés longtemps invisibles sur grand écran : Les Forbans de la nuit (1950), La Cité sans voile (1947) et Les Démons de la liberté (1948).

Les Forbans de la nuit est le film le plus accompli. Dassin l'a tourné à Londres, alors qu'il avait dû s'éloigner des États-Unis, où il avait été dénoncé comme membre du Parti communiste par son collègue Edward Dmytryk. Mais Dassin peut encore tourner pour la Fox avec des vedettes hollywoodiennes, Richard Widmark et Gene Tierney.

Widmark incarne Harry Fabian, un petit escroc décrit comme "un artiste sans art" qui s'enfonce dans la toile de mensonges qu'il a lui-même tissée. Ce personnage à la frontière de la psychose propulse le film à travers les bas-fonds du Londres de l'après-guerre, avec son marché noir, ses mendiants et ses truands. Les Forbans de la nuit compte parmi les meilleurs films noirs américains. Il est conforté par une distribution impeccable : Francis L. Sullivan en patron de boîte ; Herbert Lom en promoteur de combats de catch.

En comparaison, La Cité sans voile apparaît mal dégrossi, mais pourtant passionnant. Le film, dès les premiers plans (des vues aériennes de Manhattan), revendique son réalisme. Un meurtre sordide, une enquête policière décrite avec minutie viennent conforter ces prétentions. Dassin filme très précisément la ville, les scènes de rue, mais ses efforts sont sapés par une distribution médiocre et un scénario qui met en place des clichés dont, plus tard, les séries télévisées feront un usage effréné.

Les Démons de la liberté fait preuve de la même prescience télévisuelle. Secoué par une violence affreuse, le film est situé dans un pénitencier fictif. Il oppose un détenu charismatique (Burt Lancaster) à un gardien chef sadique (Hume Cronyn). Cette fois, il s'agit de faire du pénitencier non pas une tache sur le visage de la démocratie américaine, qu'il faudrait effacer, comme dans les films sociaux de la décennie précédente, mais un microcosme de la société, miné par les mêmes contradictions, les mêmes injustices, guetté par la même tentation totalitaire.

Comme les deux autres, Les Démons de la liberté est un film de l'après-guerre : nombre de personnages ont combattu, et tous doivent faire face à la révélation de l'horreur. Le personnage du gardien chef qui prend progressivement la place du directeur représente la menace nazie.

La force du propos de Dassin, sa résolution à aller jusqu'au bout de la violence des situations font oublier les dérapages du scénario (une série un peu ridicule de retours en arrière) et l'hétérogénéité de la distribution pour conduire le film jusqu'à son inévitable conclusion, d'une brutalité choquante.

 

Source : Le Monde. - Fait le 11 octobre 2008 par Philippe de CinéMémorial.

 

 

SES RÉCOMPENSES :

 

2000 - Pour : DU RIFIFI CHEZ LES HOMMES - Prix Spécial - Cercle des critiques de cinéma de New York, États-Unis.

1997 - Prix CineMerit - Festival du cinéma de Munich, Allemagne.

1957 - Pour : CELUI QUI DOIT MOURIR - Prix OCIC - Mention Spéciale - Festival du cinéma de Cannes, France.

1955 - Pour : DU RIFIFI CHEZ LES HOMMES - Meilleur Réalisateur - Festival du cinéma de Cannes, France.

1955 - Pour : DU RIFIFI CHEZ LES HOMMES - Prix de la critique du meilleur film - Syndicat français de la critique du cinéma, France.

commentaires (1)

Luc

29-10-2008 12:52:24

Bonjour, J' ai regardé & bien sûr enregistré (sur VHS) le cycle Jules Dassin diffusé récemment par FR3 (France). Alors, franchement, je n' ai pas été convaincu par ses débuts, SAUF, SAUF : 1) pour "Young Ideas "car j' ai remarqué "Susan Peters"... http://en.wikipedia.org/wiki/Susan_Peters 2) Peut-être "Two Smart People", mais il faudrait que je-je regarde !!! 3) pour les années 60 & la suite... c' est une autre chose MelinaMercouri, et la suite !!! Au revoir.