DENYS DE LA PATELLIERE

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Profession:
Réalisateur, scénariste et assistant-réalisateur français.

Date et lieu de naissance:
08-03-1921, à Nantes, Loire-Atlantique, France.

Date et lieu du décès:
21-07-2013, à Dinard, Ille-et-Vilaine, France.

Cause du décès:
De mort naturelle à l'âge de 92 ans.

Nom de naissance:
Denys De Dubois De La Patellière.

État civil:
Il est le père de cinq enfants.

Père d'Alexandre de La Patellière, né le 24 juin 1971.

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Anecdotes

Dernier d'une fratrie de 7 enfants, il a 3 ans lorsque ses parents quittent Nantes pour La Rochelle où il ne découvre le cinéma que parvenu à l'adolescence.

Père de cinq enfants, son fils Alexandre est réalisateur, scénariste et producteur.

Son plus grand succès fut sans conteste "Un taxi pour Tobrouk", en 1960, qui fit de Lino Ventura une star. Les aventures pendant la seconde guerre mondiale à travers le désert africain de quatre soldats français que le hasard réunit, et de leur prisonnier allemand, ont été maintes fois diffusées à la télévision.

" Le Tatoué " (1968) n'existe que par l'entêtement inexpugnable du producteur Maurice Jacquin qui a la vraie fausse bonne idée de réunir les deux monstres du cinéma qui affolent le box office.

Modeste et philosophe, il disait n'avoir "aucune amertume" par rapport à sa carrière : "J'ai eu une chance formidable de faire le métier que j'aimais et d'en vivre. Mes films ne seront jamais cultes mais je ne serai pas le seul."

A 81 ans, il avait signé un premier roman, L'Enfant évanoui.

Il était officier des arts et des lettres.

 

photos

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Biographie

DENYS DE LA PATELLIERE

 

(8 Mars 1921 - 21 Juillet 2013)

 

 

 

École militaire de Saint-Cyr

 

Né Denys De Dubois De La Patellière à Nantes le 8 Mars 1921, il est le septième et dernier enfant d'une famille modeste. Ses parents déménagent à La Rochelle pour des raisons financières en 1924 . Il découvre le cinéma tardivement (1939-1940). Il effectue à Poitiers une préparation pour entrer à l'Ecole militaire de Saint-Cyr, lorsqu'en 1941, il est appelé aux Chantiers de Jeunesse institués par le Gouvernement de Vichy en substitution du service militaire obligatoire. Soupçonné d' " affinités gaullistes ", il en est expulsé puis est réquisitionné pour participer à l'effort de guerre en Allemagne dans le cadre du S.T.O. N'ayant pas répondu à la convocation, il vit dans la clandestinité, puis s'engage dans l'Armée de Libération. Il est rendu à la vie civile en septembre 1945, date à laquelle il rejoint la capitale.

Denys De La Patellière est passionné de littérature et souhaite écrire. Un de ses beaux frères, Roger De Broin, travaille au Comité d'Organisation du Cinéma et a des relations avec le monde du cinéma. Denys de La Patellière ambitionne donc de devenir scénariste, mais ce métier requiert de connaitre la technique du cinéma. N'ayant pas les moyens financiers de s'offrir des stages, il se fait engager dans un laboratoire de développement des Buttes Chaumont dans l'intention d'y apprendre la technique du montage. Se liant d'amitié avec un monteur des " Actualités Françaises ", il rejoint la société de presse filmée en plein essor, pour laquelle il s'essaie également à la réalisation de reportages.

Roger De Broin étant devenu directeur de production pour le producteur Roger Ribadeau-Dumas, il lui propose de devenir assistant de réalisation. A l'époque, pour qui souhaite devenir metteur en scène, le parcours obligé est l'apprentissage du métier par une longue période de second puis de premier assistant. Pendant cinq ans, de 1949 à 1954, Denys De La Patellière sera l'assistant de réalisateurs (Maurice Labro, Richard Pottier, Georges Lacombe, René Le Hénaff, et Léo Joannon) travaillant sur des productions de Roger Ribadeau-Dumas.

 

 

Brigitte Auber et Pierre Fresnay dans "Les Aristocrates"

 

Il participera avec Léo Joannon et Roland Laudenbach à l'écriture du scénario du dernier film de sa période d'assistant :" Le Défroqué " (Léo Joannon, 1954). Puis Roland Laudenbach et Denys De La Patellière travaillent à l'adaptation du livre de Michel De Saint-Pierre " Les Aristocrates " dans le cadre d'un projet de film toujours produit par Ribadeau-Dumas et dont l'acteur principal doit être Pierre Fresnay et le réalisateur Léo Joannon. Ce dernier n'aime cependant pas l'adaptation et refuse de tourner ce scénario. Pierre Fresnay impose alors aux producteurs de confier la réalisation à Denys De La Patellière, en abandonnant son cachet contre une participation aux résultats. Le film est un succès commercial. Pierre Fresnay fait (pour une fois) une bonne affaire, et la carrière de Denys De La Patellière est lancée.

 

 

Retour de Manivelle, avec Daniel Gélin et Michèle Morgan

 

Denys De La Patellière devenu réalisateur ne cesse de participer à l'écriture des scénarios qui sont le plus souvent des adaptations de romans. Dans ce travail d'écriture, il entame pour " Retour de Manivelle " (1957) une longue collaboration avec un dialoguiste qui marquera les deux prochaines décennies du cinéma français, Michel Audiard, dont les dialogues drôles et percutants ont ici tendance à désamorcer les situations dramatiques en leur évitant de tomber dans la grandiloquence. Denys De La Patellière, par cette adaptation d'un roman de James Hadley Chase, s'essaie au genre, typiquement américain, du film noir et offre à Michèle Morgan un contre emploi de femme fatale qu'elle incarne merveilleusement (on pense à Lana Turner).

 

 

Françoise Christophe et Jean Desailly dans : Les Grandes Familles.

 

En 1958, Denys De La Patellière réalise l'adaptation du roman de Maurice Druon, " Les Grandes Familles " qui reçut le Prix Goncourt en 1948. La grande fresque de l'écrivain sur les milieux financiers et politiques de l'entre deux guerre est recentrée sur le drame familial du magnat Noêl Schoudler (Jean Gabin) et de son fils François (Jean Dessailly) acculé au suicide par les effets combinés d'une crise boursière et de l'autoritarisme patriarcal. L'action est actualisée à l'époque du tournage. Le personnage du cousin débauché Maublanc (Pierre Brasseur), parent indigne de la grande famille, offre l'occasion à Michel Audiard de développer une de ses savoureuses digressions en s'adressant au respectable patriarche: " Nous avons de l'argent tous les deux. Toi tu représentes le patronat, moi le capitalisme. Nous votons à droite. Toi, c'est pour préserver la famille, moi, c'est pour écraser l'ouvrier. Dix couples, chez toi c'est une réception, chez moi c'est une partouze !... Et le lendemain si nous avons des boutons, toi c'est le homard, moi c'est la vérole.".

Denys De La Patellière retrouve Jean Gabin dans son prochain film " Rue des prairies " (1959), dans un registre totalement différent puisqu'il y interprète Polo, honnête ouvrier élevant seul trois enfants. Ce film à la facture classique, soigné dans la construction du scénario et des dialogues (encore Michel Audiard), la photographie (Louis Page), la distribution qui mêlent acteurs confirmés (Louis Seigner, Jacques Monot, François Chaumette..) et débutants ( Marie-José Nat, Claude Brasseur, Roger Dumas…) sera le prototype du " cinéma de qualité française ", films de scénaristes empreints de " réalisme psychologique " que les auteurs de la Nouvelle Vague (" A Bout de Souffle " de Jean-Luc Godard sort la même année) voueront aux gémonies.

 

 

Un Taxi pour Tobrouk, avec, Aznavour, Ventura, Kruger, Biraud et German Cobos

 

En 1960, Denys De La Patellière conçoit son projet le plus personnel. En ces temps de troubles où la France s'enlise dans une guerre qui n'avoue pas son nom en Algérie, il écrira avec René Havard le scénario de " Un Taxi pour Tobrouk " dans lequel il soulignera l'absurdité de la guerre (il a perdu deux frères dans le dernier conflit mondial) et louera la fraternité entre les hommes. Michel Audiard, dont la fibre antimilitariste aiguise la verve, apportera dans ses dialogues le ton ironique et parfois féroce qui sied à cette comédie qui aborde des thèmes délicats. Le film ne peut être tourné en Libye, à cause du refus des assureurs, il sera donc réalisé en Andalousie dans le cadre d'une production Franco-Espagnole. Malgré un budget réduit et de fréquentes défaillances du producteur espagnol (qui ne fournira notamment jamais les Panzers prévus), la qualité de l'interprétation (Lino Ventura, Maurice Biraud, Charles Aznavour, Hardy Kruger) et les notations iconoclastes sur l'attentisme ou la collaboration, l'héroïsme de pacotille, aboutiront à un résultat particulièrement réussi. Cependant, le film déplaira, entre autre, au très cocardier Alain Poiré qui, en charge de sa diffusion, limite pour la Gaumont, sa distribution aux salles de province. Ce très beau succès populaire (classé 4ème meilleure recette de l'année) profitera donc, à Paris, aux salles concurrentes. Alain Poiré qui avait produit avec Ribadeau-Dumas, le premier film de Denys De La Patellière, conservera de cette aventure une fidèle inimitié pour le réalisateur, avec lequel il ne travaillera plus jamais.

En 1965, il réalise (en collaboration avec Noël Howard) le projet le plus improbable de Raoul Levy, véritable aventurier de la production, qui a à son actif une belle partie des succès de Brigitte Bardot (" Et Dieu…créa la femme ", " En cas de malheur ", " Babette s'en va-t-en guerre ", " la Vérité "…), " La fabuleuse aventures de Marco Polo ". Une coproduction invraisemblable (Afghanistan, Egypte, France, Italie, Yougoslavie), un casting international : Horst Buccholz (Marco Polo), Anthony Quinn, Robert Hossein, Orson Welles, Elsa Martinelli, Omar Sharif…. qui ne laissera pas un souvenir impérissable.

 

 

Gabin et Lilli Palmer dans : Le Tonnerre de Dieu

Dans " Le Tonnerre de Dieu " (1965), Denys De La Patellière retrouve Jean Gabin, qui peaufine depuis 5 ans son personnage de patriarche du cinéma français. L'histoire de ce vieux vétérinaire vivant en compagnie d'une allemande qui recueille dans son manoir une jeune prostituée a peu de consistance, mais l'intrigue est ici secondaire. C'est " un Gabin ", à qui le réalisateur laisse totalement la bride sur le cou. Le vieux misanthrope, anarchiste de droite, éructe, déclame les réparties concoctées par Pascal Jardin. Il vrombit, rugit, en fait des tonnes et, hors la prestation de Lilli Palmer, le reste de la distribution, y compris Michèle Mercier sensée partager l'affiche, passe à la trappe. Le public est au rendez-vous, mais ce sera pourtant le dernier grand succès personnel de l'acteur.

Le tandem Denys De La Patellière - Jean Gabin enchaine avec " Du rififi à Paname ", une adaptation du roman d'Auguste le Breton. Jean Gabin y renoue avec les rôles de truand (Paulo les Diams.) mais au sein d'une nombreuse distribution comprenant des pointures internationales (George Raft, Gert Froebe, Nadja Tiller, Claudio Brook). La rencontre de Pépé le Moko, de Scarface et de Goldfinger a tout de même de quoi décevoir l'amateur de film noir par son académisme statique, l'abondance des clichés et la multitude de personnages dispensables. L'heureuse surprise du film est la révélation de Marcel Bozzuffi dans le rôle de Marque Mal.

 

 

Fernandel et Lilli Palmer dans le film : Le Voyage du père.

Fernandel, à la recherche de son grand rôle dramatique, demande à Denys De La Patellière de réaliser une adaptation d'un roman de Bernard Clavel qui lui avait si bien réussi avec le fracassant succès de " Tonnerre de Dieu ". Malgré un casting alléchant (Laurent Terzieff, Lilli Palmer, Madeleine Robinson) l'œuvre de l'écrivain du terroir franc comtois trouve difficilement sa traduction à l'écran. L'histoire de ce paysan, coupé des réalités de la société urbaine des années soixante, partant chercher sa fille coiffeuse et qui découvre qu'elle s'est prostituée avant de devenir une femme entretenue, sombre souvent dans le pire mélodrame.

 

 

De Funes et Gabin dans le film : Le Tatoué.

" Le Tatoué " (1968) n'existe que par l'entêtement inexpugnable du producteur Maurice Jacquin qui a la vraie fausse bonne idée de réunir les deux monstres du cinéma qui affolent le box office : Jean Gabin et Louis De Funès. Il leur réserve un scénario d'Alphonse Boudard dont il a acquis les droits pour cette occasion. Après lecture, ni Gabin, ni De Funès, ni De La Patellière ne sont convaincus et tous trois préfèrent ajourner le projet. Mais Maurice Jacquin use du droit d'en exiger la réalisation, les trois protagonistes étant engagés par contrat. Le tournage s'effectuera donc dans des conditions déplorables. Denys De La Patellière a fait appel à Pascal Jardin pour réécrire, au jour le jour, le scénario et les dialogues. Le résultat ne peut être que décevant. Au final le film ne tient que par le cabotinage des duellistes et sera sauvé de la déroute par la formidable popularité dont jouit Louis De Funès à ce moment.

Autre film de producteur, " Caroline Chérie " (1968), remake du film éponyme de Richard Pottier (1951) dont le succès reposait essentiellement sur la prestation de la ravissante Martine Carol. Le producteur Jacques-Paul Bertrand pense que son amie France Anglade pourrait prendre la succession du sex-symbol des années 50, disparue prématurément l'année précédente. Ce sera quasiment la dernière prestation de l'actrice au cinéma dont la carrière, débutée avec la décennie n'a jamais décollé.

 

 

Fabio Testi dans le film : Le Tueur.

Le savoir faire de Denys De La Patellière s'épuise dans des projets auxquels lui-même, sans doute ne croit plus. Son dernier film avec Jean Gabin " Le Tueur " (1972) est emblématique d'une époque qui se termine. Jean Gabin surnommé depuis longtemps " le vieux " est à présent très âgé, le rythme s'essouffle. L'année précédente le public a fait la connaissance de l'Inspecteur Harry. " Le Tueur " ne trouvera plus son public Denys De La Patellière finira sa carrière très logiquement en réalisant des téléfilms. Il y retrouvera le bonheur des atmosphères de Simenon en réalisant 3 Maigret. Un de l'époque Jean Richard, deux avec Bruno Cremer.

 

Écrit par : Jean-Claude Bernouin - Fait le 08 août 2013 par Philippe de CinéMémorial.

 

commentaires (2)

hugongerard

16-09-2019 13:13:48

Pour la télévision , on lui devait : Le comte de Monte Cristo avec Jacques Weber , le paria avec Charles Aznavour sans oublier l ' affaire Salengro avec Bernard-Pierre Donnadieu .

hugongerard

17-09-2019 13:16:26

Rappelons ce que vous avez signalé dans sa biographie q ' un taxi pour Tobrouk( 1962) n est pas le film qui a fait de Lino Ventura une star , mais : Le gorille vous salue bien de Bernard Borderie .