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L’école navale le dédaignant, pour ses douze ans, il monte à Paris. Il va souvent au théâtre, y découvre sa vocation. En 1908, le voici sur les planches, dans Hamlet. On peut assurer que, dès lors, son contrat d'acteur est assuré pour la vie, et une vie d'une rare durée, puisqu'en 1987 il tourne encore pour Goretta et Mocky (Les Saisons du plaisir, avec Denise Grey, sa cadette: 92 ans !).
Sa première apparition à l'écran date de 1912, dans Jim Crow, de Robert Péguy. Pendant la période du muet, il est choisi une quarantaine de fois par des " ciné-graphistes" comme Robert Boudrioz, Germaine Dulac, Jean Durand, Louis Mercanton ... t'est Jacques de Baroncelli qui lui est le plus fidèle, avec notamment Pêcheur d'Islande, en 1924. En 1928, il est Napoléon dans Waterloo, de Karl Grune. En 1929, il se met en scène 1ui même pour Dans la nuit, dont les variations oniriques sont mal reçues par le public.
Quand il lui arrive de ne pas tourner, c'est qu'il est en tournée! Rarement, d'ailleurs, mais avec des maîtres incontestés, tels Lucien Guitry ou Gémier, dont le style de jeu moderne se rapproche de ses conceptions personnelles.
Aucun de ses cent quarante et quelques films parlants qui ne démontre son assurance, malgré la diversité des réalisateurs: Becker, Buñuel, Carné, Clouzot, Feyder, Grémillon, Hitchcock, Melville,. Rosi, Scola, Tourneur... Les rôles ne se ressemblent pas: de Javert (Les Misérables, R. Bernard, 1933) au mastroquet du Grand Jeu (Feyder, 1933), au brave garagiste du Ciel est à vous (Grémillon, 1943), au maffioso d'Au nom de la loi (P. Germi, 1949), au routier du Salaire de la Peur (Clouzot, 1953), à l'avocat de La Vérité (Clouzot, 1960), au gangster désabusé de L'Aîné des Ferchaux (Melville, 1962), au pépé sicilien des Trois Frères (Rosi, 1980)...
Une solidité exemplaire :
Dans les années 20, Charles Vanel se trouve en parfaite symbiose professionnelle avec les membres de la troupe d'Ermolieff, des émigrés russes groupés sous la bannière des Films Albatros dirigés par Alexandre Kamenka. Ces gens-là ont suivi et compris l'enseignement de Stanislavski qui bannit toute extériorisation artificielle, donc toute espèce de cabotinage. " Peu importe, dit-il, que votre jeu soit bon ou mauvais; l'important, c'est qu'il soit vrai. " L'intériorité du jeu est fonction d'une recherche rigoureuse, au plus profond de soi-même, de situations analogues à celles que l'on doit exprimer. L'affectivité ne s'étale pas: elle commande des motivations plus ou moins secrètes. Un acteur •nourri de cette méthode est donc sobre mais jamais terne, sans inquiétude, mais pas insignifiant.
Source : Didier Thouart et Jacques Mazeau. les grands seconds rôles du cinéma français. - Fait le 19 février 2011 par Philippe de CinéMémorial.
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