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Hommage à la grande BETTE DAVIS
Mise à jour 07 septembre 2008 par Philippe de CinéMémorial
Elle débuta au cinéma en qualité de jeune première en 1931. Emploi fixe pendant des années durant, donnant la réplique à certains grands comme John Boles, George Brent, George Arliss, Richard Barthelmess, Spencer Tracy et des vedettes en formation comme Douglas Fairbanks Jr. et James Cagney. li y avait aussi William Powell, Humphrey Bogart, Errol Flynn, bien sûr, et on n'aurait garde de les oublier. C'est avec eux, d'égale à égal, qu'elle fit son apprentissage, apprenant à tisser les ficelles du métier, à exploiter les " trucs " de métier. Quelle bonne élève ! Comment sa riche, son authentique nature d'artiste, ne se serait-elle imprégnée de tout ce qu'ils pouvaient lui apprendre ? Ainsi, elle est devenue une sorte de forteresse des toutes grandes traditions hollywoodiennes, progressivement non point désenchantée, car le cinéma, comme le théâtre, lui a inculqué le respect professionnel, mais s'endurcissant au fur et à mesure. Comme elle dit : " J'ai appris mon métier en le pratiquant, non point en fréquentant l'Actor's Studio où on vous apprend, souvent pendant une matinée entière, à renouer le lacet défait d'un soulier ou à fermer une porte, chose absurde à mes yeux car des gestes quotidiens de ce genre se font instinctivement.
Dès qu'on se met à raisonner, l'instinct, la spontanéité est impitoyablement étouffée. En ce qui me concerne, je suis résolument adversaire d'une telle méthode. Elle a toujours refusé de sortir d'un moule, lutteuse increvable au réel sens du mot, combattant de toutes ses forces pour obtenir de grands, de vrais rôles, au service de ce qui lui a toujours paru le plus important : le scénario à la base.
C'est ainsi qu'elle était : volontaire, têtue, merveilleusement têtue en cherchant à expliquer sa raison d'être : À Hollywood, au temps où on nous faisait travailler à la chaîne, et croyez-moi, c'était exactement le cas chez Warner Bros, où j'avais commis l'imprudence de signer un contrat à long terme, bêtise sans nom, on nous menait la vie dure, au knout, car on devait accepter n'importe quel rôle. On vous fabriquait un nom, une réputation, et tout aussitôt il fallait en payer la rançon. Je me suis révoltée. Une fois, j'ai dit non à Jack Warner et il m'a aussitôt fait boycotter par tous les autres studios comme une pestiférée. A Hollywood, un contrat était un contrat et il fallait sans rechigner se soumettre.
Bette parle avec flamme dès qu'elle aborde le sujet de sa révolte. Elle a dû, en fin de compte, capituler mais elle a pris ses distances avec la Warner sitôt qu'elle a pu, obtenant cependant le respect générai. Elle y a gagné aussi de meilleurs rôles, mieux appropriés à son exceptionnelle nature. Mais, à partir de 1950, elle a refusé de signer un nouveau contrat avec n'importe quel studio. Pour un seul film, oui, et encore a-t-il fallu qu'il présentât des garanties. Un geste qu'elle paya d'une perte de prestige. Un homme, un seul, ne perdit jamais confiance en son génie : Darryl F. Zanuck. Quand il mit en chantier " Eve ", c'est elle, presque une " has been " à l'époque, qu'il désigna comme vedette. Il avait été question de Claudette Colbert, puis d'une variété de grands noms, mais Zanuck tint bon : c'est Bette qu'il exigea, bien que son nom, à l'époque ne signifiât plus grand-chose au box-office. Elle fut sensationnelle sous les traits de Margot Channing. Et son triomphe fut en quelque sorte l'occasion d'un nouveau départ.
Pourtant, lorsqu'on lit les titres des films faits depuis, on en vient vite à la conclusion qu'elle n'a pas tellement bien tourné après Eve 9 films en dix ans, ce n'est pas beaucoup, C'est même très peu. Et après cela, les rôles se sont faits plus rares. Pourquoi ? Le métier de Bette Davis est impressionnant : elle est une grande tragédienne. Mais Katharine Hepburn, Joan Crawford, Ingrid Bergman, beaucoup d'autres, n'ont-elles été victimes, elles aussi, de la défection des producteurs ? Les éternelles victimes d'un préjugé, et pas seulement outre-Atlantique, qui veut qu'une fois dépassée la cinquantaine, l'heure de la retraite sonne implacablement. En 1962, Bette réussit à dénicher, grâce à Robert Aldrich, un nouveau rôle exceptionnel : dans Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? ". La monstruosité poussée au paroxysme. Avec un visage outrageusement maquillé. des gestes de démente, comme Gloria Swanson dans, (Boulevard du Crépuscule) le bien-nommé ! Bette livra sa monstrueuse bataille. Depuis lors, il y a eu de rares interprétations capables d'émuler celle-là. De plus, elle n'a guère eu de chance. Et elle s'est trouvée à certain moment obligée de publier une annonce dans un journal corporatif d'Hollywood, quelque chose qui disait grosso modo " Actrice sans travail demande qu'on lui octroie une nouvelle chance ". Et c'était signé Bette Davis, Grandeur et décadence ! C'est un fait que les producteurs avaient peur de cette femme au visage de gorgone, d'une vitalité trop intense. Bien sûr, elle est retournée à plus d'une reprise au théâtre. La dernière fois, elle avait même réussi à décrocher un excellent rôle : dans " Le Blé est vert ", dont elle avait tourné la version cinématographique en 1945. Mais la pièce ne parvint jamais à Broadway un état de santé déficient empêcha son héroïne de l'y conduire. Par contre, elle a réussi à faire une tournée moins exténuante avec " Bette Davis par Bette Davis, une partie du programme étant constituée par des extraits de ses films. Bette, conférencière, répondant avec quel extraordinaire bagout ! aux questions du public. Chaque soir, notamment à Londres, on affichait complet " c'est dire le prestige dont continue malgré tout à jouir cette grande d'hier dont le nom, s'il a cinématographiquement pâli, garde en dépit de tout un attrait souverain. Mais cela ne semble apparemment impressionner Hollywood. Pour trouver encore du travail dans les studios, Bette Davis doit maintenant regarder du côté de l'Europe, où l'on a davantage le culte de l'amitié, de la fidélité, de l'admiration.
En 1960, Bette a publié le récit sans fard de sa vie sous le titre "The Lonely Life - La Vie Solitaire". C'était l'année où elle se sépara de son quatrième mari, Gary Merrill. Dix années de traversée matrimoniale houleuse. Mais rien, dans ce domaine, ne fut jamais aisé pour elle. Des premières années d'union toujours comblées, puis le désenchantement car une nature aussi impétueuse que la sienne n'admet guère la domination. Harmon Nelson, son numéro un, dura sept ans, cédant la place à Arthur Farnsworth, qui mourut très jeune. Puis, il y eut William Grant Sherry, de qui elle eut une fille, sa fille unique, Barbara, mais de qui elle se sépara cinq ans après. Elle préfère ne jamais mentionner Gary Merrill, son plus déplorable souvenir ". Avec lui, elle adopta pourtant deux enfants, un garçon, Michael, maintenant marié et père de famille, et Margo, s'apercevant, lorsque celle-ci atteignit ses trois ans, qu'elle était mentalement attardée.
Et pourtant, toute sa vie durant, Bette a toujours réussi à faire face, rien ne parvenant à l'abattre pendant très longtemps. Ni aucune déception professionnelle, et il y en a eu mais elle a aussi gagné deux Oscars : pour " L'Intruse " en 1935 (alors qu'elle aurait dû l'avoir pour " L'Emprise l'année précédente) et pour " L'Insoumise " en 1938, ni certaines de ce qu'elle appelle " ses bêtises matrimoniales ". Le fait est que, forte tête, elle est sans doute faite pour vivre seule. Ce qu'elle fit, puisque deux de ses enfants ont fondé une famille et qu'elle a virtuellement déserté Hollywood.
Elle était comme Édith Piaf qui a clamé "Je ne regrette rien ". Un acte de foi, en somme, mais vrai jusqu'à quel point ? Comment savoir ?
Le restant de sa carrière fut partagé entre des films mineurs, des productions télévisées et des hommages bien mérités dans le monde entier. En 1987, Lindsay Anderson la dirige, avec Lillian Gish, dans "Les baleines du mois d'août". Elle termine ainsi une carrière exceptionnelle.
Elle était atteinte d'un cancer du sein depuis de nombreuses années, Bette Davis, après un courageux combat, s'éteint le 6 octobre 1989, à l'Hôpital Américain de Neuilly-sur-Seine, en France.
Source : C.T.R. : - Mise à jour le 22 octobre 2011 par Philippe de CinéMémorial.
SES RÉCOMPENSES :
1989 - Prix Donostia - L'ensemble de sa carrière - Festival international du film de San Sebastián, Espagne.
1989 - Gala Tribute - Film Society of Lincoln Center, États-Unis.
1986 - César d’honneur, France.
1983 - Prix Crystal - Crystal Awards - Femmes dans le cinéma, États-Unis.
1979 - Pour : STRANGERS : THE STORY OF A MOTHER AND DAUGHTER - Emmy - Actrice exeptionnelle pour une série TV - Emmy Award - États-Unis.
1977 - Prix pour l’ensemble de sa carrière - American Film Institut, États-Unis.
1977 - Pour : BURNT OFFERINGS - Golden Scroll - Meilleur second rôle féminin - Académie du cinéma de science-fiction, fantastique et d’horreur, États-Unis.
1974 - Prix Cecil B. DeMille - Golden Globes, États-Unis.
1965 - Pour : CHUT… CHUT… CHÈRE CHARLOTTE - Hush, Hush, Sweet Charlotte - Laurel d’Or - Meilleure interprétation dramatique féminine États-Unis.
1963 - Prix Pomme d’Or - Actrice la plus coopérative - Golden Apple Awards, États-Unis.
1962 - Prix de la star féminine la plus populaire de l’année - Photoplay Awards, États-Unis.
1952 - Pour : EVE - All About Eve - Prix d’interprétation féminine - Festival du cinéma de Cannes, France.
1952 - Pour : EVE - All About Eve - Ruban d’Argent - Meilleure actrice étrangère - Syndicat national italien des journalistes de cinéma, Italie.
1950 - Pour : EVE - All About Eve - Prix NYFCC - Meilleure actrice - Cercle des critiques de cinéma de New York, États-Unis.
1941 - Prix Pomme d’Or - Actrice la plus coopérative aux Golden Apple Awards, États-Unis.
1939 - Pour : L’INSOUMISE - Jezebel - Oscar - Meilleure actrice, États-Unis.
1937 - Pour : LE DERNIER COMBAT - Kid Galahad - Coupe Volpi - Meilleure actrice - Festival du cinéma de Venise, Italie.
1937 - Pour : FEMMES MARQUÉES - Marked Woman - Coupe Volpi - Meilleure actrice - Festival du cinéma de Venise, Italie.
1936 - Pour : L’INTRUSE - Dangerous - Oscar - Meilleure actrice, États-Unis.
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