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L'interprète légendaire de «Zorba le Grec» et de «la Strada» est mort un dimanche à Boston, à l'âge de 86 ans.
Anthony Quinn est mort dimanche à l'âge de 86 ans dans un hôpital de Boston. Plus de soixante ans de carrière, 300 films, deux oscars, de son vrai nom Anthony Rudolph Oaxaca, l'acteur laisse derrière lui cinq veuves et treize orphelins. À 80 ans, «jeune» père d'une petite fille de 2 ans, Antonia, née d'une relation adultère avec Kathy, sa secrétaire de 30 ans, il déclarait: «Le ciel se rapproche dangereusement de ma tête. Pour conjurer le sort, je peins, je dessine, je sculpte et je dis à Dieu: "Laisse-moi encore un peu tranquille, tu ne vois pas tout ce que j'ai à terminer?"»
Anthony Quinn n'est pas né avec une cuiller d'argent dans la bouche. Il pousse ses premiers cris dans un bidonville ensablé entre deux cactus, à Chihuahua, au Mexique. Sa mère est mexicaine d'origine aztèque et son père moitié irlandais, moitié mexicain. Anthony naît le 21 avril 1915. Le père, après s'être battu au côté de Pancho Villa, décide d'immigrer avec sa famille en Californie, il meurt à 29 ans, son fils n'a alors que 10 ans. Plus tard, adolescent, «Tony», gaillard de près de 2 mètres de haut, se met à collectionner les petits boulots pour survivre: cireur, prêcheur de rue, boxeur amateur, manœuvre. Ambitieux, il obtient une bourse pour étudier l'architecture (il rencontre Frank Lloyd Wright avec qui il se lie d'amitié), dévore les livres. Il veut devenir acteur mais souffre d'un zozotement pas vraiment raccord avec les exigences du cinéma parlant. Pourtant, en 1936, il décroche ses premiers petits rôles, et les studios pensent fréquemment à lui en fond de sauce viril, dans des apparitions d'Indien féroce ou de malfrat patibulaire.
En 1937, son mariage désastreux avec Katherine, la fille adoptive de Cecil B. DeMille rencontrée sur un tournage, ne fait pas vraiment avancer sa carrière et il lui faut attendre 1947 pour cesser de jouer les utilités, métèque de service castagné par les Wasp ou brute épaisse polymorphe. Ses origines sang-mêlé lui colleront de toute façon à vie une étiquette de minoritaire au sein d'une industrie cinématographique dominée par les Blancs, il sera mexicain, arabe, grec et même basque, incarnant à lui seul toute une population tenue dans les marges ou idéologiquement dévalorisée mais qu'il parvient à tirer vers le haut.
Temps perdu.
C'est au début des années 50, sur une scène de Broadway, que le rôle de Stanley Kowalsky dans la pièce de Tennessee Williams Un tramway nommé désir lui offre son véritable baptême d'acteur. Il décroche ensuite l'oscar du meilleur second rôle pour sa prestation au côté de Marlon Brando dans Viva Zapata! (1952) d'Elia Kazan, où il interprète le frère du révolutionnaire. Il n'est déjà plus tout jeune; à 37 ans, il lui faut rattraper le temps perdu à panouiller sur commande dans les dizaines de sous-produits fabriqués à la chaîne dans les usines d'Hollywood. En se jetant sur le rôle de Zampano, athlète de foire taciturne, que lui offre Federico Fellini dans La Strada au côté de Giulietta Masina, il donne une nouvelle orientation à sa filmographie. Il fait pleurer les foules, intéresse les cinéphiles. L'intello sensible épris d'arts plastiques et de littérature tente à plusieurs reprises de percer la cuirasse macho à poil dur. Il est Gauguin en 1956 dans la Vie passionnée de Vincent Van Gogh de Vincente Minnelli. La même année, pour le Notre-Dame-de-Paris de Jean Delannoy, il se grime en Quasimodo scrofuleux et bossu se faisant humilier par Gina Lollobrigida. En 1958, il s'essaie à la mise en scène en «remakant» les Boucaniers de son beau-père Cecil B. DeMille, supervisé par ce dernier. Le film est un échec retentissant. Un an plus tard, il est dirigé dans un rôle d'Eskimo par Nicholas Ray dans un opus méconnu, les Dents du diable.
Dans les années 60, sa carrière tient une ligne de crête, sinon toujours artistique, du moins publique, entre les Canons de Navarone (1961), Lawrence d'Arabie (1962), Zorba le Grec (1964) et Cyclone à la Jamaïque (1965). Sa popularité, notamment en France, s'évalue encore aujourd'hui aux multidiffusions obsessionnelles en prime-time de ces films à la télévision. Les décades suivantes ne permettront à la star Quinn d'entretenir son aura qu'à raison de cette ferveur cathodique quelque peu forcée. Lui-même, entre Etats-Unis et Italie, ne parvient bientôt plus qu'à décrocher des rôles lui permettant de s'autoparodier en héros du froncement de sourcil. Les films se succèdent mais c'est aussi qu'il doit gagner de l'argent pour entretenir sa famille nombreuse: «Ils aiment le confort et cela coûte cher», disait-il. Il voulait interpréter Picasso à l'écran, mais doit en fait sur le tard accepter toutes sortes de prestations télé, un coup Zeus pour un feuilleton Hercule, un autre Aristoteles Onassis dans une coprod' européenne.
Séduction. En 1995, complétant un premier essai autobiographique datant de 1972 (The Original Sin), il publie avec l'aide de Daniel Paisner un nouveau récit de sa vie mouvementé, One Man Tango (surnom que lui attribua Orson Welles). Il se dépeint sous les traits tour à tour avantageux ou à charge d'une grande gueule au cœur d'artichaut. Il raconte comment, épousant la fille de DeMille au nez et à la barbe d'un autre prétendant, il découvrit la nuit de noces qu'elle n'était pas vierge et en tira ombrage au point de la délaisser pour courir immédiatement d'autres jupons. Bourreau de ces dames, il affirme avoir eu une liaison avec Rita Hayworth pendant le tournage de Blood and Sand (Arènes sanglantes de Rouben Mamoulian, en 1941), dans lequel il joue un matador. Il fut le protégé de Carole Lombard. Mae West, Ingrid Bergman et sa fille Pia Lindström, Maureen O'Hara, Linda Darnell et beaucoup d'autres tentèrent de le séduire, il résista. Ne céda pas non plus aux avances de George Cukor qui le dirigea dans Car sauvage est le vent (Wild is the Wind, 1957). Dans ce livre, on découvre un Quinn à la dent dure, tirant sur tout ce qui bouge: Barbara Stanwyck, «une fine mouche, calculatrice; je ne l'aimais pas». Marilyn Monroe, «une caboche blonde vide avec un gros cul». Au sujet de Yul Brynner, qu'il dirigea dans les Boucaniers, il écrit qu'il était «un des types les plus prétentieux en activité dans le show-biz»; ou encore sur Laurence Olivier, avec qui il joua sur scène à Broadway et qu'au fond il admirait, il prétend qu'il était un «imbécile issu des classes populaires [...] un des types les moins raffinés que j'aie jamais rencontré». Parmi les assertions difficilement vérifiables, il raconte avoir sauvé la production de Zorba le Grec du naufrage en passant un coup de bigo à son pote, le producteur Darryl F. Zanuck qui, sans même jeter un coup d'œil sur le scénario, lui envoya 75 000 dollars de secours.
Dur à cuire.
La presse à sensation a donné de larges échos de la vie sentimentale houleuse de l'acteur. Notamment ces dernières années, son divorce avec sa seconde femme, Iolanda Addolori, après trente ans de vie commune, donnèrent lieu en 1997 à des révélations peu glorieuses, tranchant sur l'image de papa-gâteau s'étalant à longueur de clichés. Un de ses fils, Danny, affirmant lors de l'audience: «Mon père est un monstre. Je l'ai vu plusieurs fois battre ma mère jusqu'au sang. Moi, il me battait à coups de ceinturon car j'étais le seul à me rebeller.»
Anthony Quinn, dans One Man Tango, peaufinait sa postérité de dur à cuire enfin à point et prêt à être dévoré, laissant des instructions à ses héritiers pour qu'ils ne l'inhument pas mais le jettent en pâture à la rôtissoire solaire de son bled natal, «laissez mon corps pourrir au soleil brûlant de Chihuahua. Les oiseaux mangeront les restes... et me déféqueront à tire-d'aile un peu partout dans le pays.».
Source : De Didier Péron de la Libération. - Mise à jour le 22 octobre 2011 par Philippe de CinéMémorial.
SES RÉCOMPENSES :
1995 - Caméra d’Or de Berlin, Allemagne.
1987 - Prix Cecil B. DeMille - Golden Globes, États-Unis.
1964 - Pour : ZORBA LE GREC - Prix NBR - Meilleur acteur - National Board of Review, États-Unis.
1957 - Pour : LA VIE PASSIONNÉE DE VINCENT VAN GOGH - Oscar - Meilleur second rôle masculin, États-Unis.
1953 - Pour : VIVA ZAPATA ! - Oscar - Meilleur second rôle masculin, États-Unis. |