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À Aubervilliers, ses parents tenaient un bistro. Ami de Georges Carpentier qui l'encourage à pratiquer boxe et vélo, mis en pension à l'université de Fribourg, compagnon d'armes de Guynemer pendant la guerre de 1914-1918, voici Préjean défini en quatre points : le phono sur le zinc dispensateur de rengaines, la décontraction du "p'tit gars" sûr de ses réflexes, le parler allemand fort utile aux beaux temps des coproductions avec la U.F.A., une parfaite connaissance de l'avion qui le fera atterrir, en 1923, pour Paris qui dort, auprès de René Clair.
C'est comme ferrailleur qu'Albert Préjean a débuté au cinéma, en 1921, grâce à Henri Diamant-Berger. Avec lui, il tourne cinq films. Il est repéré par de bons, voire d'excellents metteurs en scène, tels que Poirier, Feyder, Clair. Le passage au parlant lui permet d'ajouter à sa palette la couleur sympathique de chanteur des faubourgs, grâce à laquelle il est engagé à nouveau par René Clair pour Sous les toits de Paris, en 1930, puis, en 1931, par Pabst, pour la version française de L'Opéra de quat 'sous. Préjean devient très vite une vedette éminemment populaire dans des films résolument populistes comme Un soir de rafle (1931), avec Annabella. Lorsque la mode en passe, Préjean s'intègre aisément aux comédies, parfois musicales, avec surtout Danielle Darrieux, sa partenaire dans six films, dont Quelle drôle de gosse ! Joannon, 1935).
Mais la gentillesse aussi a son temps. Préjean doit virer au noir, ou, tout au moins, au gris foncé, avec des réalisateurs comme Siodmak, Daquin, Chenal (L'Alibi, 1937). Hélas ! Des moyens dramatiques solides lui font défaut et le talent des gens qui l'engagent décline sérieusement. En 1969, il accepte de revêtir l'habit de M. Loyal sous le chapiteau de son copain Jeau Richard, ce qui est loin d'être déshonorant, mais n'attire pas un spectateur de plus. Il était déjà trop tard...
Irrésistiblement fleur bleue :
A l'époque du muet, Préjean tranche par son naturel absolu sur les comédiens venus du théâtre. Il ne cerne pas ses personnages d'un trait épais, pour les mieux faire comprendre. D'ailleurs, il ne saurait pas ... De lui-même, il dit: "Je n'étais évidemment pas le jeune premier mince et beau du type Valentino.
Avec mon visage sympathique, mes éternelles acrobaties et mon sourire permanent, je plaisais autant, d'une autre manière, voilà tout... " Il a sa combine", comme Milton, mais sans vulgarité. Il vole, simule et trompe, comme Jules Berry, mais sans relent sulfureux. Il est irrésistiblement fleur bleue.
Source : André Sallée "Les Acteurs Français - Fait le 27 janvier 2010 par Philippe de CinéMémorial. |